2014, l’année des pétards mouillés

Opinion

30 décembre 2014 - 01:47

Écrit par Michael Christen.

Ah, 2014, une année qui s’annonçait comme magique dans le monde du jeu vidéo. Monts et merveilles ont été promis par les éditeurs mais au final, les merveilles se sont envolées et il ne reste que des monts. Des monts de déception et de frustration. D’un côté, des reports en tout genre ont gangrené le calendrier des sorties et d’un autre, les jeux effectivement sortis n’ont pas contenté la grande majorité des gamers. Décryptage de bouse mois de douze…ou le contraire, je sais plus!

Bon, d’accord, il se peut que le qualificatif de « bouse » soit un tantinet beaucoup exagéré mais que ne ferait-on pas pour un bon mot. Car, les jeux dont nous allons parler dans cet article ne sont pas fondamentalement mauvais…si on ne les juge que sur leur contenu final. Malheureusement pour eux (et surtout pour les joueurs), il est difficile de faire abstraction des promesses qu’ils nous avaient fait miroiter. D’un gameplay révolutionnaire à un contenu faramineux, en passant par des open-world aux possibilités infinies, on devait se prendre une claque dans la tronche comme jamais grâce à la nouvelle génération. Mince, on n’a même pas à tendre l’autre joue tellement on ne l’a pas sentie passer.

D’illusions en désillusion

Trois jeux, trois déceptions...

Trois jeux, trois déceptions…

Beaucoup de bruit pour pas grand chose. Non, nous ne parlons pas d’un accouchement mais bien de jeu vidéo. Watch Dogs, Driveclub, Titanfall, Destiny, j’en passe et des moins bons. Tous des rejetons difformes ou trisomiques que l’on ne peut s’empêcher de regarder avec une pointe de détresse et de déconvenue alors que l’on s’attendait à autre chose. S’il arrive parfois que l’on se fasse mousser tout seul, dans le cas d’une suite par exemple (Castlevania: Lord of Shadows 2 pour ma part), force est de constater que les éditeurs nous ont bien aidés en cette année de Coupe du Monde. Pour se faire une petite idée de l’étendue des dégâts, on listera ci-dessous les griefs reprochés aux jeux suscités:

 

Watch Dogs: on en a déjà parlé mais revenons en bref sur les divers défauts. En premier lieu des graphismes décevants, ensuite un gameplay similaire à toutes les productions Ubisoft et enfin le piratage qui ne sert à rien, ou presque.

Driveclub: le jeu de voitures qui devait mettre tout le monde d’accord a au moins réussi son objectif car tout le monde était en effet d’accord pour dire que ce titre…ne valait pas le coup d’être acheté! Entre les promesses d’un jeu gratuit pour les abonnés PS+ qui n’est toujours pas sorti, des conditions météorologiques qui ne sont apparues en téléchargement que plusieurs jours après la sortie et un gameplay aussi banal que les graphismes, vous avez un cocktail explosif pour un jeu foiré.

Titanfall: Le renouveau du FPS, celui qui devait détrôner Call of Duty s’est planté rapidement. Si la qualité du jeu n’est pas à remettre en cause, il faut reconnaître que le soufflé est vite retombé et que l’exclu Microsoft était calibrée pour forcer les joueurs à se procurer les DLC. Dommage pour un jeu exclusivement multi’ qui avait pour vocation de convaincre les accros d’une série solidement ancrée à changer de crèmerie pour éviter de se faire tondre chaque année!

Destiny: Un FPS-MMO sur consoles new-gen par les producteurs de Halo? Ok, je signe où? Ah non, attendez, je vais quand même lire les clauses écrites en police 8 en bas de la page. Un scénario foireux, un système de loot aussi aléatoire qu’injuste, des missions aussi répétitives qu’un album de David Guetta, des raids (et les récompenses qui vont avec) accessibles seulement à ceux qui ont le DLC et rien pour les autres, un aspect RPG biaisé qui ne marque pas vraiment les différences entre les divers avatars. D’accord, je passe mon tour et garde mon argent pour The Witcher 3.

Marketing ou Max-gaming, il faut choisir

Si ces quatre jeux ne sont pas mauvais, ils peuvent être qualifiés de pétards mouillés par leur seule faute. En effet, ce ne sont pas les joueurs qui ont placé des attentes monstrueuses dans ces productions mais les développeurs eux-mêmes. À coup de screenshots photoshoppés, de vidéos retouchées et de promesses non tenues, ils se sont tirés une balle dans le pied. Certes, le jeu s’est vendu comme des petits pains au moment de sa sortie mais les ventes ont vite cessé. Ce faisant, les éditeurs ont brisé la confiance que leur avait accordé le public et ceux-ci seront attendus au tournant. On saura dès lors de qui se méfier et nul doute que les prochains titres devront être plus soignés car on ne se précipitera pas dessus.

Cependant, il ne faut pas cracher sur les opérations marketing qui sont indispensables. Plus particulièrement pour placer de nouvelles licences, comme le sont nos exemples précédents, dans l’esprit des joueurs. En revanche, il faut dénoncer la publicité mensongère et les promesses faites en sachant qu’elles ne seront pas tenues. Il est intolérable que l’on nous fasse miroiter une Ferrari, que l’on achète le produit au prix d’une Ferrari et que l’on se retrouve avec une simple Volkswagen.

La presse complice?

Le célèbre Doritos Gate, affaire assez révélatrice de la connivence entre la presse jeu vidéo et les éditeurs.

Le célèbre Doritos Gate, affaire assez révélatrice de la connivence entre la presse jeu vidéo et les éditeurs.

Si les éditeur ne vont pas nous avertir que les jeux ne tiendront pas leurs promesses, à qui donc de le faire? Et bien aux intermédiaires entre les studios et les joueurs, c’est-à-dire la presse spécialisée. Malheureusement, cette dernière ne fait pas souvent son travail correctement, ou alors trop tard. En effet, les journalistes sont les premiers à s’enflammer sur telle ou telle vidéo, annonce ou phase de – soit disant – gameplay. Les recherches de fond sont rarement faites et ils endossent plus régulièrement le rôle de simples attachés de presse des éditeurs plutôt que d’autorité critique. Ce sont certes des passionnés avant tout mais ils doivent garder leur contenance et ne pas se muer en groupie.

Bien sûr, la situation n’est pas évidente car les studios sont de moins en moins ouverts et diffusent que ce qu’ils veulent bien montrer. On préfère inviter un Youtubeur célèbre, peu connaisseur et facilement manipulable (au hasard, un certain Cyprien) aux sessions de test qu’un Rodolphe Donain ou un Emmanuel Villalba. Pourtant, c’est tout de même au journaliste avec les bribes d’information dévoilées de ne pas tomber dans le panneau et d’en avertir le consommateur. Il suffit parfois d’observer l’historique de l’éditeur ou simplement analyser une vidéo pour se rendre compte qu’une console ne pourra pas faire tourner ça. En gros, prendre des pincettes et ne pas faire de la promotion à tout va! Certes, le joueur doit se méfier mais difficile de rester de marbre lorsque toute la presse s’extasie d’une seule et unique voix pour un titre.

Mais comment faire autrement lorsque les principaux annonceurs sur les sites et magazines sont les éditeurs directement? L’influence sur les journalistes doit être grande, d’une part grâce aux Doritos et d’autre part par la direction du journal qui ne regarde que les rentrées que la publicité apporte. Puisque la presse, particulièrement spécialisée, ne survit quasiment que grâce aux annonceurs, il en suicidaire de se les mettre à dos.

En bref, 2014 aura une année très contrastée au niveau du jeu vidéo. Si l’on est content d’avoir accueilli pas mal de nouvelles licences, force est de constater que la déception aura été grande manette en main. Certes, la situation aura été particulière avec les consoles new-gen déjà en difficulté mais espérons que 2015 nous offre une bien meilleure cuvée. La seule résolution que j’ai à conseiller pour cette nouvelle année: Keep calm and don’t buy day one!

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