Maman, j’ai raté la finition!

Opinion

03 décembre 2014 - 03:37

Écrit par Michael Christen.

« Hé, tu as acheté le nouveau Far Cry? Euh oui. Il est bien? Euh, je sais pas, j’attends le patch pour pouvoir y jouer… » Cette situation, qui aurait passé pour saugrenue il y a quelques années, paraît désormais relativement banale. En effet, l’accroissement des jeux qui souffrent de nombreux soucis, plus ou moins gênants, au moment de leur commercialisation est inquiétant. Quoi de plus frustrant que de dépenser de l’argent pour un produit dont on ne pourra faire un plein usage qu’un ou deux mois après son acquisition. Mais après la déception vient la réflexion et nous allons nous demander pourquoi cette situation tend à banaliser.

Il est tout d’abord intéressant de noter que les jeux les plus criblés de bug ne sont pas les titres ayant bénéficié d’un petit budget. Au contraire, ce sont généralement les grosses productions (les AAA quoi, À Acheter Absolument…ou pas!) qui semblent souffrir de pareils écueils. Pourtant, on se dit légitimement qu’ils auraient dû passer au travers de moult (frites) phases de débogage et de bêta testing au vu du nombre colossal de membres composant l’équipe de développement. Or, lorsque l’on voit le dernier Assassin’s Creed, on se dit que lesdits tests ont été zappés. Un problème encore plus grave quand on compare ces titres à des jeux indépendants comme Dust: An Elysian Tail, développé par une seule personne, et qui n’accuse ni bug, ni chute de framerate malgré les nombreuses particules affichées à l’écran.

Malgré les nombreux éléments affichés et le fait qu'il a été réalisé par une seule personne, Dust: An Elysian Tail ne souffre d'aucun bug!

Malgré les nombreux éléments affichés et le fait qu’il a été réalisé par une seule personne, Dust: An Elysian Tail ne souffre d’aucun bug!

Vite fait, mal fait

Ne tirons cependant pas à boulets rouges sur l’ambulance car s’il est aisé d’encenser les p’tits développeurs indés, ce serait oublié des contraintes qu’ils n’ont pas à subir. Une de celles-ci est la pression que les éditeurs mettent afin de tenir un calendrier de sortie précis. Ainsi, quelques dates-clés sont à respecter à tout prix et peu importe les soucis rencontrés, il ne faut pas rater les fêtes de Noël, par exemple. On doute que les développeurs soient heureux de commercialiser un jeu fini à la truelle puis de se voir obliger de sortir des patchs dès les premiers jours. Parfois, il suffirait de retarder la sortie de quelques semaines afin de mettre un produit abouti sur le marché et contenter les consommateurs. Malheureusement, les grands pontes ne l’entendent pas de cette oreille et ne souhaiteraient pas potentiellement sacrifier la vente d’un certain nombre de copies sur l’autel de la satisfaction du consommateur. Stratégie qui montre ses limites lorsque l’on sait que l’action d’Ubisoft a perdu près de 11% de sa valeur deux jours après la sortie d’Assassin’s Creed Unity et sa farandole de soucis.

De plus, l’annualisation de la sortie de nombreuses franchises a drastiquement réduit les temps alloués au développement et a surtout figé les dates de sortie dans le calendrier. Bien pratique pour les journalistes, ces marronniers sont en revanche un calvaire pour les développeurs. Comment innover en ayant aussi peu de temps entre deux itérations? Bonne question dont la réponse ne semble pas si évidente. Certains ne proposent généralement que des ajustements d’une année à l’autre; une véritable évolution se faisant sentir tous les 2 ou 3 ans. D’autres optent pour la sous-traitance ou l’alternance entre studios de développement, la série des Call of Duty en tête. Mais parfois, ils tentent quelque chose mais manquent de temps pour le fignoler. C’est là que l’on se retrouve dans une situation fâcheuse avec un acheteur mécontent et une grogne générale.

Des mesures contre la démesure

Une autre hypothèse est que les ambitions des réalisateurs se heurtent aux limitations techniques des consoles new-gen. Triste à dire mais comme nous l’avions déjà souligné, elles embarquaient un hardware dépassé avant même leur sortie. Pourtant, il faut tout de même proposer quelque chose de nouveau et convaincre le public que la PS4 ou la One sont sympathiques et qu’il investir dedans. Du coup, le contenu reste techniquement ambitieux. Open-world à gogo, PNJ à foison et graphismes aux petits oignons, ce n’est pas la criée au marché mais on s’en approche! En revanche, chacune de ces caractéristiques a un coût en ressources ce qui implique du bricolage pour faire tourner tout ça sur une machine à la rue…ou tout du moins sur le palier de la porte!

Un exemple parmi d'autres qui rend La Terre du Milieu injouable sur old-gen

Un exemple parmi d’autres qui rend La Terre du Milieu injouable sur old-gen

Forcément, quand on commence à gratter par ci par là, cela entraîne des bugs et glitchs tantôt drôles tantôt rédhibitoires. Toutefois, lorsque la stabilité, le système de sauvegarde ou le framerate sont impactés, on rit beaucoup plus jaune car celui nuit à la bonne utilisation du bien acheté! Il suffit de voir le portage sur consoles old-gen de La Terre du Milieu: L’Ombre du Mordor qui est une purge absolue pour cause de limitations techniques dues au support. Le résultat est tellement catastrophique que le jeu en devient injouable et on ne peut que mépriser les vils développeurs qui ont osé le sortir en l’état.

Plus on est de fous, plus c’est pourri

Ce dernier exemple nous amène également à une autre raison à ce manque de finition: le multi-plateforme. Comme on l’a déjà souligné, les coûts de production ne cessent d’augmenter et pour rentabiliser un jeu, le meilleur moyen est de le sortir sur plusieurs consoles. Cela ne se fait pas toujours sans mal puisque même si les architectures tendent à s’unifier, il reste toujours des difficultés à programmer à la fois sur Playsation, Xbox et PC. Surtout que pour éviter de froisser un constructeur, les développeurs doivent s’adapter pour optimiser le jeu sur tous les supports, sans afficher trop de divergences graphiques. Un problème particulièrement prononcé lorsqu’il y a un tel écart entre le plus faible (Xbox One) et le plus puissant (PC moyen-haut de gamme).

Avec Nintendo, c'est propre en ordre!

Avec Nintendo, c’est propre en ordre!

Pour preuve, les jeux qui sortent en exclusivité sur une unique plateforme ne connaissent généralement pas de souci majeur. Citons notamment Nintendo qui offre un catalogue certes moins fourni au niveau des éditeurs tiers mais au combien dense au niveau qualitatif sur leurs productions maison. Aucun de leurs jeux ne pèche dans la finition et le joueur n’a pas à attendre une cargaison de correctifs avant de profiter pleinement de son jeu. Il faut donc espérer que la situation se stabilisera dès que les exclu’ pointeront le bout de leur nez sur les autres machines et que les développeurs les maîtriseront mieux.

Tipak, pirates!

Une autre hypothèse, plus pernicieuse, consiste à dire que les jeux sortent volontairement buggés afin de lutter contre le piratage. Ce faisant, les gamers ayant téléchargé le titre avant sa date de sortie ne pourraient pas y jouer dans de bonnes conditions. Ceci expliquerait la mise en ligne en day one d’un patch, parfois de plusieurs centaines de mégaoctects. Si un tel procédé paraît abject dans l’idée, il reste plausible lorsque l’on s’en tient aux faits. En effet, une équipe bossait déjà sur ce patch durant la fin de développement du jeu. C’est-à-dire que l’éditeur et/ou les développeurs prennent la décision de sortir un jeu qui n’est pas complètement terminé en toute connaissance de cause. Partant de ce postulat, pourquoi ne pas imaginer qu’ils décident de ne volontairement pas finir un jeu pour gêner les fraudeurs?

Difficile de dire si l’une ou l’autre de ces raisons est principalement la cause de ce foutage de gueule du consommateur mais toujours est-il que la situation est intolérable. Soulignons également la mansuétude coupable dont fait preuve la presse vidéoludique en ne soulignant pas tout le temps les écueils de ces jeux. Lorsque l’on lit les divers test d’Assassin’s Creed, il n’est pas mentionné explicitement que le jeu regorge de bugs et souffre de problème d’optimisation. Ainsi, le seul conseil à donner pour éviter ce genre de désillusion est de restreindre ses pulsions quant à l’achat d’un titre et d’attendre tant les retours des joueurs que les correctifs! Il y a suffisamment de bons titres à côté desquels on est passé pour s’occuper dans l’intervalle.

Allez, petit secret, c’est ce que je fais en ce moment et c’est ce qui explique l’absence de tests des derniers jeux sortis sur le site.

 

 

 

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